L'art des Manières les Meilleures

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Cypries
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L'art des Manières les Meilleures

Messagepar Cypries » 21 Janvier 2016, 20:21

Vous trouvez un ouvrage à la couverture de cuir très fin, au titre calligraphié en belles lettres dorées : "L'Art des Manières les Meilleures, par le Seigneur Ever en Cieux, en l'an de grâce XIX du Règne Végétal"
La littérature du Cauchemar compte nombre de tels écrit. Celui-ci, finalement très présentable et très peu explicite sur le domaine spécifique qu'il décrit, se trouve assez facilement en boutique ; un lecteur ignorant de l'existence de la Cour du Cauchemar pourrait même croire qu'il s'agit d'une parution humaine, issue d'un cercle aux mœurs très précisément définies.

Voici son résumé.

Le petit livre se perd souvent en métaphores fleuries, flagorneries mielleuses et style alambiqué, donnant au fond une idée de ce que peut être l'étiquette de cour poussée à l'extrême.

Entre les formulations très alourdies, il y a tout de même d'utiles informations pratiques. Tout repose sur la différence de rangs et sur l'impression de respect que l'on veut transmettre.

Le salut est une étape fondamentale. Face à un égal de rang, incliner la tête suffit. Mais face à quelqu'un d'un rang plus élevé, c'est une révérence plus ou moins longue et plus ou moins profonde qu'il faut choisir. Envers un titre seigneurial, le genou à terre est incontournable pour tout rang inférieur. Un rang très inférieur devra même rester un genou à terre pendant toute la durée de l'entrevue. Pour des meneurs de grande ampleur, il semble qu'il soit attendu de se prosterner, deux genoux à terre. Face à un interlocuteur de haut rang, il est imprudent de venir les mains vides ; un cadeau bien pensé peut changer profondément toute la conversation qui s'en suit, venir sans cadeau peut être interprété comme devenir soi-même le cadeau, avec toutes les conséquences délicates alors impliquées.

Les questions des titres sont cruciales également. La haute autorité elle-même se présentera, ou sera présentée par son Sénéchal, en citant les titres dans l'ordre du plus imposant et récent jusqu'au plus ancien et dérisoire. Certains de ces derniers, trop mineurs par rapport au titre premier, peuvent être occultés. Il est alors de convenance de n'utiliser que le premier titre cité pour s'adresser à l'individu, c'est-à-dire son titre principal, avec possibilité d'adjoindre le nom de cour de l'individu après le titre. Les titres et les noms de Cour servent, notablement, à cacher le vrai nom des personnes, car il est dit que connaître le véritable nom d'une créature offre des pouvoirs dangereux sur elle... Aussi, la plupart des Sylvaris du Cauchemar se choisissent-ils un nouveau nom quand ils se "Réveillent" au côté sombre, célébrant leur métamorphose ; un nom qui évoluera au fur et à mesure de leurs hauts-faits, ou de leurs manigances, s'allongeant de titres remis par plus gradés qu'eux.

La communication requiert des manières soignées. Certaines hautes autorités, dont le titre s'accorde à la troisième personne du singulier, par exemple "Son Altesse", "Son Eminence" ou "Son Excellence", impliquent de s'adresser à la personne, même en face à face, par la troisième personne du singulier. Le vouvoiement est sinon une base incontournable, le tutoiement est un signe de très haut rang et de (très souvent fausse) informalité décontractée. Regarder quelqu'un d'un rang nettement plus élevé dans les yeux est un signe de provocation, le regard est à maintenir vers le niveau du cou, ou, dans le cas d'un interlocuteur face auquel l'on doit rester agenouillé, vers les pieds. Tourner le dos à quelqu'un d'un rang nettement plus élevé que soi peut être perçu comme impoli, même pour se retirer. Se retirer est d'ailleurs une permission accordée spontanément par l'interlocuteur de plus haut rang, ou demandée aussi poliment que possible pour éviter de froisser.

L'apparence compte notablement. Tout individu, quoi qu'en disent les moralistes, est tout d'abord jugé par ce qu'il offre de visible. Propreté, soin et souci du détail ne sont aucunement des options pour quelqu'un cherchant à faire bonne impression. A chaque cour ses règles précises, ses teintes, ses accessoires, ses symboles. Les évènements rassemblant plusieurs cours sont autant d'occasions de venir masqués, le jeu des masques s'additionnant au jeu des noms, tout cela s'inscrivant dans le grand jeu des émissaires, entre séduction et rivalité.

L'ouvrage laisse cependant sentir qu'il existe beaucoup de courants de pensée et d'écoles d'étiquette, et qu'un individu de très haut rang peut avoir ses manies personnelles. La seule recommandation universelle est d'être attentif et prêt à s'adapter. Les mots, les gestes, les regards et les attitudes sont autant d'armes et de boucliers sur la scène relationnelle.

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